Et in Arcadia ego...

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Les jours fériés, ces faux dimanches égarés au beau milieu de la semaine... Matinée toute soleil et givre. Il y a dans l'air de lointains échos de Marseillaise et des effluves de cuisine mitonnée. Après la cérémonie au monument aux morts, on rangera les drapeaux et l'on se dirigera par petits groupes vers les cafés, désormais sans siphons ni fumée, pour y boire un petit alsace mélancolique... Tous les poilus sont morts. Dany Boon a été fait chevalier de la Légion d'Honneur.
Par Rose Chapotel
Mercredi 11 novembre 2009
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La semaine dernière avait lieu à la salle des fêtes du pays — à moins que ce ne soit à la médiathèque — le gala d'ouverture du « Festival du Film minier », avec la participation de la Ligue contre le Cancer, qui avait vu là une bonne occasion de soutirer quelque pécune aux notables invités pour la circonstance. La soirée (à ce qu'on m'a raconté, car je n'y étais pas conviée) a débuté avec un numéro de duettistes des dames d'œuvre responsables locales de la Ligue, du genre « vu à la télé ». Cela devait être, j'imagine, assez croquignolet — mais, après tout, le ridicule tue moins que le cancer ou, naguère, la silicose. Il y eut ensuite les discours des élues du secteur, probablement de haute rhétorique, puis les témoignages des anciens mineurs présents sur la scène...
« Vous avez dû trouver le temps bien long ? — demandé-je à mon voisin, qui me raconte tout cela en détail.
— Ne m'en parlez pas ! c'était insupportable, d'autant que les sièges de la salle sont particulièrement durs. En plus, avec ma sciatique... »
J'apprends qu'il a fallu subir encore la projection d'un document amateur des années 50 — une cavalcade ou je ne sais quelle fête dans la cité minière —, un reportage réalisé par la télévision régionale une vingtaine d'années plus tard et enfin un documentaire consacré à une expérience d'autogestion conduite par des syndicalistes gallois...
« Le comble, conclut mon interlocuteur, c'est qu'on nous a bien payé un coup à boire après le film, mais le vin offert par la mairie était atroce. Même pas frais. Ne vous en faites pas, « les autres », ils doivent bien en boire du meilleur... ». Je suppose qu'il veut parler des zélateurs de la Ligue et des politiques du coin. Pas des mineurs d'outre-Manche, dont les drapeaux rouges ont, paraît-il, quelque peu indisposé nos édiles !
Par Rose Chapotel
Vendredi 30 octobre 2009
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Il y a des livres qu'on ne se lasse jamais de rouvrir pour y retrouver les passages qu'on en a retenus, les pages qu'on a aimées. Les vieux lisards, comme les enfants, trouvent un plaisir particulier dans le ressassement. C'est toujours avec le même bonheur que je reprends ces « Feuilles d'automne » sur lesquelles se terminent mélancoliquement les Frères farouches de Jules Renard, lecture de saison s'il en est :

« [...] On entend le bruit d’une feuille par terre : elle essaie un vol de pauvre oiseau qui n’aurait qu’une aile et une patte.

Celle-là se sauve comme un rat qui cherche son trou.

Soudain, c’est une débandade ; des troupes de feuilles fuient, affolées, comme si l’hiver était là, au coin du bois.

Ce frêne est déjà tout nu, comme une fourchette.

Un temps d’arrêt : les dernières feuilles se cramponnent ; ainsi qu’au chevet d’un malade dont l’agonie sera longue, on s’est désespéré trop vite. On reste triste, mais on pense un peu à autre chose et on attend.

Est-ce que tout va s’effacer ? [...] »

Par Rose Chapotel
Lundi 19 octobre 2009
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« En somme, votre blog, c'est un peu comme un journal intime ? Vous écrivez beaucoup ?
— Oh ! bien peu de choses. C'est plutôt un journal infime. »
Par Rose Chapotel
Vendredi 16 octobre 2009
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Samedi, jour de marché. Belle matinée fraîche ; le ciel est d'un bleu enfantin qui rappelle celui des vignettes naïves et mystérieuses du tarot Grimaud. Je m'aventure à pied jusqu'à la grand-rue. Rares sont les visages familiers, les passants qui me reconnaissent et me saluent : c'est à cela aussi qu'on se rend compte qu'on a vieilli plus vite qu'on ne pensait...
Dans la vitrine de la Quincaillerie Centrale, un chat roux s'applique à sa toilette, interminablement. Je n'ai jamais vu aucun client dans cette boutique : un de ces magasins fantômes qui fascinaient Vialatte, et dont les propriétaires survivent obscurément dans la pénombre et le silence. La banalité du quotidien recèle, pour qui prend le temps de regarder autour de soi, bien des choses étranges. Mais plus personne ne regarde autour de soi : les spectres peuvent vaguer tranquilles dans les arrière-cours...
Par Rose Chapotel
Samedi 3 octobre 2009
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Monsieur P. est seul, monsieur P. s'ennuie : il me téléphone, me raconte ses faits et gestes, m'informe de son état de santé, commente les derniers potins du bourg. Hier, il est allé à l'enterrement d'une personnalité locale. L'office mortuaire lui a paru exceptionnellement long, mais il y avait « de la belle musique » et le maire s'est fendu d'un éloge funèbre... Tout en prêtant une oreille distraite à l'intarissable jabotage de mon interlocuteur, je me surprends à penser que, s'il est vrai que tous les hommes sont égaux dans la mort, certains sont tout de même « plus égaux que d'autres ».
Par Rose Chapotel
Vendredi 2 octobre 2009
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Au fond du jardin, une petite troupe de lépiotes pudiques (leucoagaricus leucothites) aux larges chapeaux blancs s'éparpille dans l'herbe : des dames portant capelines, qui musardent sous un pâle soleil d'équinoxe. Je songe à ce grand pastel mélancolique de Khnopff — à l'image, du moins, que j'en avais gardée, pâlie et retouchée par le caprice d'une mémoire défaillante : des sept jeunes femmes figurant sur le tableau, une seule, un peu en retrait, porte un chapeau à larges bords ; la première est en cheveux, les autres sont coiffées de bibis de formes et de couleurs diverses. Toutes ont le visage de Marguerite, la sœur de l'artiste.
Par Rose Chapotel
Samedi 26 septembre 2009
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L'été se fait moribond. Le feuillage de l'arbre à perruques, les panicules duveteuses des vinaigriers, les épis des amarantes queues-de-renard jettent dans la verdure de sombres rougeoiements de braises exténuées. Les grappes profuses des genêts pourpres cascadent jusque dans le gazon hirsute et les gerbes d'asters mauves prennent sous le ciel gris des airs de fleurissements funéraires.
Par Rose Chapotel
Vendredi 18 septembre 2009
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Comme le passant de Baudelaire refaisant l'histoire de gens entrevus par une fenêtre close, apostée près de la croisée, derrière mes rideaux, je prête, inversant les rôles, une vie imaginaire aux inconnus familiers qui passent dans ma rue selon des horaires plus ou moins réguliers. Il y a la dame aux cabas, qui se hâte avant jour vers une mystérieuse destination — à cette heure-là, aucun magasin n'est ouvert — et qu'on ne voit jamais revenir : à quel rituel répondent ses improbables itinéraires ? Un peu plus tard, c'est le grand flandrin à la tignasse grisonnante qui file au café du coin, sans  saluer personne, trop occupé à rouler sa cigarette. Il repassera peu après midi, zigzaguant à peine, sa baguette sous le bras. Il y aura encore le sourd, le boiteux, la veuve au petit chien qui descend vers le cimetière... tout un petit peuple de personnages qui se croisent, se suivent, jour après jour, sans se parler jamais, âmes solitaires perdues dans la grisaille de leur quotidien.
Au fond, sont-ils aussi malheureux que je l'imagine ? 
Par Rose Chapotel
Jeudi 17 septembre 2009
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Ce matin, ciel gris et pluie de circonstance. Le vent ébouriffe les arbres et chasse devant lui les enfants mal réveillés, qui reprennent le chemin de l'école. Nous aimions, autrefois, ces jours de rentrée, les retrouvailles et les rires dans la cour gravillonnée, l'odeur des cahiers neufs, les tabliers noirs repassés de frais... L'ennui venait plus tard, avec les punitions, les gros chagrins, les taches d'encre violette et les genoux au mercurochrome.
Par Rose Chapotel
Jeudi 3 septembre 2009
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