Écoutez la radio : il n’est question que de « colère ». Victimes des pires tragédies ou des plus infimes désagréments du quotidien, jeunes, vieux, sans-papiers, automobilistes,
pêcheurs, parents d’élèves, consommateurs, que sais-je encore ? tous sont en « colère ». autrefois, il y avait des jacqueries, des
émeutes, des révolutions même, et là, ça ne rigolait plus. Aujourd’hui la « colère » est endémique ; elle n’est plus qu’une posture obligée ou un mot vidé de sens… Le monde
continue son train, la canaille clabaude, le cirque passe. Ô tempora !
par Rose Chapotel
Samedi 3 mai 2008
1
Ce week-end, marché des potiers à Gouttières. Beaucoup de choses laides et trop chères, de kitscheries tarabiscotées, de couleurs mièvres ou hideusement criardes. Je trouve tout de même, sur le
stand d’une accorte Rouergate, de jolis bols tout simples, merveilleusement légers. Mon plaisir est un peu gâché par le déboulement inopiné d’un troupeau de politiques locaux, qui ont l’air de
maquignons et de fermières endimanchées. Tout cela, bien sûr, se croit tenu de serrer des mains et d’échanger quelques amabilités condescendantes avec le bon peuple qui badaude parmi la
vaissellerie. Je file me réfugier dans l’automobile de mes neveux, qui sauront bien me retrouver…
par Rose Chapotel
Dimanche 27 avril 2008
3
Ce matin, un chroniqueur gastronomique vante à la radio une auberge bourbonnaise où l’on vous sert — grande merveille ! — des œufs sur le plat ou du pâté aux pommes de terre. Est-il bien
nécessaire de payer le prix fort pour des choses que l’on peut facilement préparer chez soi, et à peu de frais ? Ce snobisme culinaire qui pousse le gogo à s’ébaubir d’une tambouille
relevant de l’infra-ordinaire me rappelle ces parvenus imbéciles que j’entendais, il y a quelques années de cela, se flatter d’avoir eu le ruineux privilège de déguster chez Robuchon une crème
brûlée. Mieux : une petite crème brûlée. C’est l’épithète, naturellement, qui fait la différence…
par Rose Chapotel
Dimanche 6 avril 2008
6
Monsieur L. est un voisin tout à fait charmant : non seulement il relève mon courrier et regarnit les mangeoires des oiseaux lorsqu’il m’arrive de m’absenter pour quelques jours, mais en
outre il me passe La montagne lorsqu’il l’a lue. C’est ainsi que j’apprends que la poésie — « Printemps des poètes » oblige —
fait rage au collège. Madame C. aurait même invité dans ses classes un poète « franc-comtois » afin de montrer à nos chères têtes blondes qu’il n’est rien de plus facile que de
rimailler des niaiseries. Pas très mallarméen, ça, comme conception de la poésie ! Heureusement que les enfants oublieront tout cela aussi vite que la règle d’accord du participe passé. À
supposer qu’on la leur apprenne encore aujourd’hui…
par Rose Chapotel
Dimanche 30 mars 2008
5
Retombée la fièvre — ou plutôt la fébricule — électorale, la vie reprend son cours banal.
Week-end pascal : à la radio, on nous parle météo et embouteillages entre deux « pages de publicité ». Ce sont là désormais nos heures canoniales…
Je pense aux cloches tues : — où sont les cloches anciennes ?
Où sont les litanies et les douces antiennes ?
Où sont les longs offices et où les beaux cantiques ?
Où sont les liturgies et les musiques ?
Il fera mauvais toute cette fin de semaine. Tant mieux.
par Rose Chapotel
Vendredi 21 mars 2008
4
Cette année, la veste se porte large !
par Rose Chapotel
Mardi 11 mars 2008
2
Temps froid, humide. Averses de neige et de grésil. Les fleurs trop impatientes frissonnent de regret dans le vent aigre.
Tracts et professions de foi dans les boîtes aux lettres. Rien de bien passionnant dans cette littérature. Les deux listes en présence ont aussi leurs blogs. Celui du candidat de gauche étale sur
un fond rose bonbon une prose filandreuse, des photos, des vidéos encomiastiques… Mais, technologies nouvelles ou pas, c’est toujours le prince avec sa morgue, ses bouffons et ses indiciaires.
L’arrogance et la servilité s’exhibent toujours avec aussi peu de vergogne au regard indifférent de la tourbe plébéienne. « Ils vont voter, et puis, après ? »
par Rose Chapotel
Mercredi 5 mars 2008
1
Quel ennui ! Les candidats des deux listes en présence déambulent par petits groupes sur la place du marché, distribuent leurs brochures, échangent leurs tracts, se saluent… Tout cela est
courtois, presque ludique. L’oncle Étienne aurait détesté cette urbanité pataude, cette niaiserie prétendument respectueuse des idées de l’autre. Le politiquement correct a fini par gangrener la
politique elle-même. Vous voulez que le peuple s’intéresse à la chose publique ? Offrez-lui de vrais débats, de vrais affrontements, des invectives, des injures, des horions… Du spectacle,
quoi !
Pourvu que ces oiseaux-là n’essaient pas de me refiler leurs tracts !
Je m’esquive en douce, avec ma canne et mon cabas. Le soleil brille. Il fait déjà chaud. Je n’aurais pas dû prendre mon gros manteau ni ces escarpins ridicules. Mon œil de perdrix commence à m’élancer…
J'ai hâte de retrouver mon fauteuil, mes chaussons, mes livres cent fois lus et relus. Borges, peut-être :
« Si antes de la noche volví, lo hice por el temor que me infundieron las caras de la plebe, caras descoloridas y aplanadas, como la mano abierta... »
?
par Rose Chapotel
Samedi 23 février 2008
3
Samedi, jour de marché. Il fait bien froid, les chalands sont rares et pressés. Sous la halle, un petit groupe de candidats aux municipales stationne près de l’étal du charcutier. Sans doute pour
acheter du pâté… de campagne.
par Rose Chapotel
Samedi 16 février 2008
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