Ce dimanche de pluie eût été un sombre dimanche sans la visite de mes neveux et petits-neveux. Ceux-ci, pendant que je somnole, après un déjeuner propre à susciter le courroux de mon « médecin référent », vont fouiner au grenier dans les malles de l’oncle Étienne, aussi inépuisables, apparemment, que la bourse de Fortunatus. Ils en redescendent avec quelques livres poudreux et de vieilles photographies, sur la plupart desquelles sourient des inconnus, visages oubliés d’improbables cousins, depuis longtemps retournés à la poussière. Sur un petit cliché en noir et blanc, flou et surexposé, je crois reconnaître l’oncle Étienne, lunettes de soleil, casquette blanche et foulard au cou. Photo de vacances anciennes qui me replonge dans la mélancolie : je songe à cet été 1952 durant lequel l’oncle — qui, dans la famille, passait au mieux pour un original — devait disparaître au cours d’une partie de pêche en mer, laissant, pour tout héritage, des monceaux de manuscrits impubliables, une maigre bibliothèque et quelques cahiers journaux à couverture brune.



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