
Chroniques
de l'Auvergne violette
Quel ennui ! Les candidats des deux listes en présence déambulent par petits groupes sur la place du marché, distribuent leurs brochures, échangent leurs tracts, se saluent… Tout cela est
courtois, presque ludique. L’oncle Étienne aurait détesté cette urbanité pataude, cette niaiserie prétendument respectueuse des idées de l’autre. Le politiquement correct a fini par gangrener la
politique elle-même. Vous voulez que le peuple s’intéresse à la chose publique ? Offrez-lui de vrais débats, de vrais affrontements, des invectives, des injures, des horions… Du spectacle,
quoi !
Pourvu que ces oiseaux-là n’essaient pas de me refiler leurs tracts !
Je m’esquive en douce, avec ma canne et mon cabas. Le soleil brille. Il fait déjà chaud. Je n’aurais pas dû prendre mon gros manteau ni ces escarpins ridicules. Mon œil de perdrix commence à m’élancer…
J'ai hâte de retrouver mon fauteuil, mes chaussons, mes livres cent fois lus et relus. Borges, peut-être :
« Si antes de la noche volví, lo hice por el temor que me infundieron las caras de la plebe, caras descoloridas y aplanadas, como la mano abierta... »
?
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