
Chroniques
de l'Auvergne violette
Ce matin, un chroniqueur gastronomique vante à la radio une auberge bourbonnaise où l’on vous sert — grande merveille ! — des œufs sur le plat ou du pâté aux pommes de terre. Est-il bien nécessaire de payer le prix fort pour des choses que l’on peut facilement préparer chez soi, et à peu de frais ? Ce snobisme culinaire qui pousse le gogo à s’ébaubir d’une tambouille relevant de l’infra-ordinaire me rappelle ces parvenus imbéciles que j’entendais, il y a quelques années de cela, se flatter d’avoir eu le ruineux privilège de déguster chez Robuchon une crème brûlée. Mieux : une petite crème brûlée. C’est l’épithète, naturellement, qui fait la différence…
la purée de robuchon est à la gastronomie ce que la pomme de terre de Ponge est à la poésie. Qu’on le prenne comme on voudra — pour moi, en tout cas, ce n’est pas un compliment !
Ma marraine, lorsque j’étais petite, faisait souvent, le dimanche, du lapin rôti qu’elle servait avec de la purée. Nous y tracions, dans notre assiette, des sillons avec le dos de la fourchette ; nous y creusions de petits cratères où elle versait une cuillerée de jus caramélisé, avec de petits oignons sucrés, fondant dans la bouche comme des friandises, dont je garde le goût comme l’un de mes plus précieux souvenirs.
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