Temps lourd, orageux ; après-midi paisible, peu de bruits pour troubler la paix des jardins. Je cherche un peu de musique à la radio et ne trouve, en dehors des inévitables bavardages, qu'une
opérette d'une insondable niaiserie. Je mets donc, m'en remettant au hasard qui me sert bien, un disque de sonates pour piano de Mozart, fraîches et mutines comme une caresse d'éventail. Le
libraire n'ayant pas reçu ma dernière commande, je prends sur un rayon de la bibliothèque un volume de la collection Nelson, un auteur oublié, dont le style appliqué a le même charme, un peu
désuet, que la couverture de percaline crème : « Le figuier, près du puits, étalait ses larges feuilles. Il y avait toujours des bardanes contre les murs de pierre sèche, asile des gros limaçons
et des lézards délicats ; il y avait des bourraches à fleurs bleues ; il y avait des frais verjus sous les pampres de la vigne et des abricots rougissants sur les espaliers. Les iris de velours
violet et de crêpe jaune commençaient à passer fleur, et les œillets légers, parmi les fines feuilles grises, annonçaient l'éclatante royauté des roses, ces souveraines des parterres de juin...
»
Vous pensez à Colette ? Vous n'en êtes pas très loin, mais ce n'est pas cela... Colette n'a jamais été publiée, à ma connaissance, dans la collection Nelson. Pourtant, je suis sûre qu'elle devait
aimer le mot "percaline".
Par Rose Chapotel
Dimanche 24 mai 2009
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