Et in Arcadia ego...

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J'apprends par un « gratuit » local qu'un auteur du cru, notoirement inconnu, « dédicassera » son roman samedi, jour de marché, chez le libraire du coin. L'écrivain en question n'est sans doute pas responsable des fautes contenues dans le pavé publicitaire, mais, tout de même, ce genre de réclame me paraît plutôt de nature à éveiller la méfiance de l'amateur de livres !
Par Rose Chapotel
Vendredi 5 juin 2009
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Sans doute ce monsieur a-t-il inventé une nouvelle forme d'autodafe où les livres ne sont plus brûlés mais simplement cassés... comme les olives éponymes ! Avec un effet bénéfique pour l'effet de serre ainsi qu'y contraint le matraquage Arthus-Bertrandien actuel...
Pousser la délicatesse jusqu'à détruire ses propres ouvrages plutôt que ceux des autres n'est pas donné à tout le monde, à moins que ce monsieur ne fasse preuve d'une lucidité qui lui fasse préférer la destruction personnelle de ses romans plutôt que par ses acheteurs après lecture...
Rose, vous ne devriez pas lire des "gratuits" même locaux... Il est bien connu que la culture mise à la portée de toutes les bourses devient un vulgaire brouet, consommé par tous et qui, même rendu, reste considéré par les snobinards de l'art réalistes comme un objet culturel...
Commentaire n°1 posté par Antoine le 09/06/2009 à 09h54
M. X, auteur inconnu d'un roman qui l'est tout autant, dédicassera les pieds de ses hypothétiques lecteurs chez le libraire du coin. Prière d'apporter son boire et son manger...

Moi, j'y serais allé, rien que pour voir la tronche du dédicasseur ! Et vous ?
Commentaire n°2 posté par Antoine le 15/06/2009 à 13h30
Il y a quelques années, j'allais à ces séances de dédicaces, ne fût-ce que pour apporter un soutien tout symbolique au libraire du coin. J'ai donc acheté un certain nombre d'ouvrages "drôlement pas intéressants", dépourvus de toute qualité stylistique et de toute profondeur, mettant en scène des paysans aussi improbables que les bergers des romans du Grand Siècle ou les pitres de René Fallet. J'ai déjà eu l'occasion de dire tout le mal que je pensais de ce genre de littérature, qui porte comme une marque d'infamie l'étiquette de "régionaliste", et je n'y reviendrai pas. Les grands écrivains du terroir ne sont pas "régionalistes" : ce sont tout simplement des auteurs dont la voix porte au-delà des limites de leur province, comme celle des classiques porte au-delà de leur temps. Voyez Giono, et pourquoi pas Gustave Roud ou même Guillaumin. Pourquoi perdrait-on son temps — et à mon âge on sait que le temps est précieux — avec de méchants amateurs dont le style aurait pu séduire, il y a quelques années, un jury du B.E.P.C., mais sûrement pas un "suffisant lecteur", à qui l'on ne saurait faire prendre ce genre de vessies folklorisantes pour des lumières littéraires ?
Commentaire n°3 posté par Rose le 15/06/2009 à 21h52
Eh bien ne serait-ce que pour vous passer le temps et puis parce que "être pris pour un idiot par un imbécile est un plaisir de fin gourmet" ! Je ne sais plus de qui est cet aphorisme, mais je le mets régulièrement en pratique dans la vie de tous les jours et j'en tire à la fois du recul, de la paix intérieure et une divertissante ironie !
Commentaire n°4 posté par Antoine le 16/06/2009 à 10h00
Je crois que c'est de Courteline, mais je ne suis pas sûre de saisir le sens de votre commentaire...
Commentaire n°5 posté par Rose le 16/06/2009 à 11h34
Ah oui, sûrement Courteline !
Je voulais simplement dire qu'aller voir un auteur nul pour jouer le rôle d'un de ses lecteurs pigeonnés peut être divertissant...
Commentaire n°6 posté par Antoine le 17/06/2009 à 13h46
Sacré Antoine. Il y a ce gendre de dédicaSSe, hélas, dans toutes nos bonnes provinces. Et ces auteurs y restent en effet confinés.
Commentaire n°7 posté par la Mere Castor le 19/06/2009 à 10h04
Le confinement provincial n'est pas nécessairement lié à la médiocrité ou à l'absence de talent. Voyez justement Guillaumin, qui n'a guère quitté sa ferme du Bourbonnais et dont les qualités ont été reconnues par Larbaud ou Daniel Halevy — ce qui n'est pas rien ! On peut comprendre que les milieux littéraires parisiens, aujourd'hui encore, suscitent la défiance des esprits simples et sincères...
Commentaire n°8 posté par Rose le 22/06/2009 à 11h18
T'Serstevens, qui a épluché pas mal de lettres de jeunes femmes datant XVIIIe siècle observe qu'elles s'expriment en faisant plein de fautes dans une style qui coule de source.
Confirmation d'un prof ami qui fit le même travail avec des tas de lettres de poilus de 14-18 ; orthographe en progrès depuis le début du XXe (en moyenne), mais expression de plus en plus amphigourique. Mais qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ? Personnellement, en tant que peintre, je me suis toujours méfié des lacets du langage.
Commentaire n°9 posté par Lapinos le 26/09/2009 à 17h42

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