
Chroniques
de l'Auvergne violette
Ce matin, retour des commissions, je trouve sur mon répondeur téléphonique un message de la voisine : je dois la rappeler à l’heure du déjeuner. Qu’elle ne soit pas venue simplement frapper à ma porte me met la puce à l’oreille — tous ces mystères ne présagent rien de bon… À midi, donc, je rappelle. C’est le voisin qui décroche, et mes craintes se trouvent confirmées : on m’enjoint de procéder au plus vite à l’élagage du grand sapin de mon jardin, dont les branches frôlent dangereusement, dit-il, sa cheminée : il voudrait allumer du feu dans son âtre et la moindre flammèche pourrait avoir des conséquences terribles… J’entends déjà le crépitement de l’incendie se propageant dans tout le quartier ! Je coupe court assez sèchement à ces arguties filandreuses et récurrentes dont on me bassine depuis des mois. L’an dernier, c’était un nid de guêpes dans ma haie, qu’il fallait exterminer de toute urgence ; lors de mon installation, il y a quelques lustres, j’avais dû essuyer déjà, à maintes reprises, de confuses revendications territoriales à propos d’un lé de jardin…
Mais ce sont, bien sûr, de braves gens. De braves gens qui, aux beaux jours, tondent leur gazon à l’heure de ma sieste, vocifèrent ensuite leur joie bruyante toute la soirée sur leur terrasse, abritée d’un appentis construit « au noir » et sans permis, à deux pas de mes fenêtres. « Vous n’allez pas nous faire d’ennuis ? » m’avaient-ils alors onctueusement demandé. Mais non, je n’allais pas leur « faire d’ennuis », même si j’avais pu prévoir que le hideux édicule me cacherait le soleil, priverait de chaleur et de lumière mes plates-bandes où les fleurs, à présent, s’étiolent, étouffées par la mousse. Oignez vilain…
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